Thursday, August 18, 2011
Friday, August 12, 2011
Lisbon Revisited (1926)
Nada me prende a nada. Quero cinquenta coisas ao mesmo tempo. Anseio com uma angústia de fome de carne O que não sei que seja - Definidamente pelo indefinido... Durmo irrequieto, e vivo num sonhar irrequieto De quem dorme irrequieto, metade a sonhar. Fecharam-me todas as portas abstractas e necessárias. Correram cortinas de todas as hipóteses que eu poderia ver da rua. Não há na travessa achada o número da porta que me deram. Acordei para a mesma vida para que tinha adormecido. Até os meus exércitos sonhados sofreram derrota. Até os meus sonhos se sentiram falsos ao serem sonhados. Até a vida só desejada me farta - até essa vida... Compreendo a intervalos desconexos; Escrevo por lapsos de cansaço; E um tédio que é até do tédio arroja-me à praia. Não sei que destino ou futuro compete à minha angústia sem leme; Não sei que ilhas do sul impossível aguardam-me náufrago; ou que palmares de literatura me darão ao menos um verso. Não, não sei isto, nem outra coisa, nem coisa nenhuma... E, no fundo do meu espírito, onde sonho o que sonhei, Nos campos últimos da alma, onde memoro sem causa (E o passado é uma névoa natural de lágrimas falsas), Nas estradas e atalhos das florestas longínquas Onde supus o meu ser, Fogem desmantelados, últimos restos Da ilusão final, Os meus exércitos sonhados, derrotados sem ter sido, As minhas cortes por existir, esfaceladas em Deus. Outra vez te revejo, Cidade da minha infãncia pavorosamente perdida... Cidade triste e alegre, outra vez sonho aqui... Eu? Mas sou eu o mesmo que aqui vivi, e aqui voltei, E aqui tornei a voltar, e a voltar. E aqui de novo tornei a voltar? Ou somos todos os Eu que estive aqui ou estiveram, Uma série de contas-entes ligados por um fio-memória, Uma série de sonhos de mim de alguém de fora de mim? Outra vez te revejo, Com o coração mais longínquo, a alma menos minha. Outra vez te revejo - Lisboa e Tejo e tudo -, Transeunte inútil de ti e de mim, Estrangeiro aqui como em toda a parte, Casual na vida como na alma, Fantasma a errar em salas de recordações, Ao ruído dos ratos e das tábuas que rangem No castelo maldito de ter que viver... Outra vez te revejo, Sombra que passa através das sombras, e brilha Um momento a uma luz fúnebre desconhecida, E entra na noite como um rastro de barco se perde Na água que deixa de se ouvir... Outra vez te revejo, Mas, ai, a mim não me revejo! Partiu-se o espelho mágico em que me revia idêntico, E em cada fragmento fatídico vejo só um bocado de mim - Um bocado de ti e de mim!... Álvaro de Campos
Thursday, August 04, 2011
os emigrados.
o sono...
cansaço.
dias assim.
'nem há desembarque onde se esqueça'
Wednesday, April 06, 2011
Tuesday, October 12, 2010
Thursday, February 04, 2010
Fernando Pessoa : Génération Pessoa.
Si la grandeur d'un poète peut se mesurer au nombre de questions qu'il ne cesse de susciter de son vivant et après sa mort, on peut dire que l'immensité de l'oeuvre de Fernando Pessoa se confirme chaque jour . Et s'il est vrai qu' une partie des travaux, dont certains remarquables, qui lui sont consacrés semble avoir établi un certain nombre de points concernant son oeuvre et sa vie, chaque jour qui passe voit ces points se déplacer en vertu d'un nouveau texte récemment publié, d'une nouvelle interprétation qui modifie notre lecture de son oeuvre multiple, d'un nouveau regroupement de ses textes.
La question la plus impressionnante posée par l'oeuvre de Fernando Pessoa, on le sait, est la question de son hétéronymie. Présentée soit comme nécessité d'un dédoublement (d'une multiplication) de(s) la personnalité(s) qui constitue(nt) le poète; rattachée à l'étymologie du nom Pessoa (persona, du latin, masque de l'acteur dramatique,); reflet d'un trop-plein de créativité manifestation d'un jeu, comme le propose Octavio Paz, mais d'un jeu vital qui rend vraie la poésie; supercherie ou maladie, lui-même s'en explique à plusieurs reprises, dont la plus connue est la lettre adressée à Adolfo Casais Monteiro en 1935, l'année de sa mort . Dans cette longue lettre, le poète explique la genèse de l'hétéronymie (qui est datée de 1914, l'année de ses 26 ans, époque d'intense créativité):
"Enfant, j'avais déjà tendance à créer autour de moi un monde fictif, à m'entourer d'amis et de connaissances qui n'avaient jamais existé (...) D'aussi loin que j'ai connaissance d'être ce que j'appelle moi, je me souviens d'avoir construit mentalement - apparence extérieure, comportement, caractère et histoire- plusieurs personnages imaginaires qui étaient pour moi aussi visibles et qui m'appartenaient autant que les choses nées de ce que nous appelons, parfois abusivement, la vie réelle."
Dans cette même lettre, Pessoa narre le processus d'engendrement de ses "créatures" poétiques, qui sont avant tout des oeuvres . D'abord, il lui "vient l'envie" d'écrire des poèmes païens... en vers irréguliers" ("Il était né, sans que je le sache, le poète Ricardo Reis"). Un an et demi plus tard, il a l'idée d'inventer un "poète bucolique, d'une espèce compliquée ". Quelques jours plus tard, alors qu'il y avait renoncé - le 8 mars 1914 exactement, il s'approcha d'un meuble haut et, debout, comme d'habitude, il s'est mis à écrire.
"Et j'ai écrit d'une traite trente et quelques poèmes... dans une sorte d'extase dont je ne pourrai définir la nature. C'est Le Gardeur de Troupeaux"... "Il était apparu en moi mon maître, Alberto Caeiro". "Tout de suite après, j'ai pris une autre feuille et j'ai écrit, d'une traite aussi, les six poèmes qui constituent Pluie Oblique, de Fernando Pessoa". A la suite de l'apparition d'Alberto Caeiro, Pessoa s'empresse de lui trouver d'autres disciples, Ricardo Reis, après quoi, "en dérivation opposée", "il me surgit impétueusement un nouvel individu, l'auteur de l'Ode Triomphale, Alvaro de Campos", qui sera publiée dans Orpheu, revue manifestément futuriste, en 1915.
Dans un texte, antérieur à cette lettre et qui constitue la Préface projettée de ses oeuvres futures (1930, environ), il présente son Oeuvre complète, dont le premier volume "est de substance dramatique"... de "forme variée, (faite)... d'extraits de prose, et d'autres livres, de poèmes ou de philosophies"... Il ajoute ne pas savoir si par" privilège" ou par" maladie", il n'a jamais eu une unique personnalité.
"A chaque personnalité plus persistente que l'auteur de ces livres a réussi à vivre à l'intérieur de lui, il a donné un caractère expressif et a fait de cette personnalité un auteur, avec un livre ou des livres, avec les idées, les émotions et l'art dont lui, l'auteur réel (ou tout au plus apparent, parce que nous ne savons pas ce qu'est la réalité), n'a rien à voir, sauf à l'avoir été, en les écrivant, le médium de figures qu'il a créées lui-même. (...)
L'auteur humain de ces livres ne se connaît pas de personnalité (...) Que cette qualité chez l'écrivain soit une forme d'hystérie ou de la dite dissociation de la personnalité, l'auteur de ces livres ni ne le conteste ni ne le soutient. A rien ne lui servirait, esclave qu'il est de sa propre multiplicité, qu'il soit d'accord avec celle-ci ou celle-là de théorie sur les résultats écrits de cette multiplicité(...)"
Suit l'énumération des oeuvres (incomplètes) et de leurs auteurs, Livro do Desassossego, écrit par Vicente Guedes-Bernardo Soares; le recueil de poèmes Le Gardeur de Troupeaux, de "feu" Alberto Caeiro - le maître de Fernando Pessoa et de Ricardo Reis (ce dernier, auteur des Odes) -, l'Oeuvre philosophique de Antonio Mora. A propos de Alvaro de Campos, un seul commentaire: " aucun d'entre eux ne m'a connu personnellement, à l'exception d'Alvaro de Campos "...
Artifice nécessaire donc à une production plurielle, il n'en demeure pas moins que ce qui a causé le plus de problèmes (et d'émerveillement) à la critique, cela a été, plus encore que la multiplicité de ses poètes-oeuvres, l'autonomie de toutes ces poétiques, Pessoa constituant à lui seul une génération formée d'au moins cinq poètes de génie. Car, à en croire Octavio Paz, la multiplicité en tant que telle caractérise ipso facto l'état poétique par définition. Dans L'arc et la lyre, le poète mexicain, en reprenant Breton le dit bien: Cet état... "c'est l'homme voulant être tous les contraires qui le constituent. Et il peut y parvenir, parce qu'en naissant, déjà il les porte en soi, déjà il est eux. Etant lui-même, il est autre. Il est autres . Manifester ces contraires, les réaliser, est la tâche de l'homme et du poète..." Par conséquent, c'est en tant que phénomène littéraire, que l'oeuvre de Pessoa a soulevé plus d'une interprétation qu'elle fût herménéutique ou phénoménologique, métaphysique, psychanalytique, poétique, tout un appareil qui est loin de l'avoir épuisée.
Ailleurs, le même Octavio Paz propose une topologie pour situer quatre de ces cinq auteurs. Sur un axe se trouveraient ainsi à un pôle, Alberto Caeiro, le poète existentiel, atemporel, proche de la Nature et, à l'autre pôle, le futuriste - dandy Alvaro de Campos. Sur un deuxième axe, Ricardo Reis poète néoclassique, auteur d'odes, d'élégies, et à l'autre extrême, Fernando Pessoa lui-même. Au centre, on pourrait ajouter Bernardo Soares, auteur d'une prose poétique confessionnelle (ou comme le dit Pessoa :"en prose, il est plus difficile de s'autrefier").
Pessoa va s'appliquer à décrire ses hétéronymes, à leur prêter consistance, à leur attribuer un signe du Zodiaque (on se rappelle son intention de s'établir astrologue, en 1916). Alvaro de Campos est ingénieur, cosmopolite, homme contemporain du progrès et de l'avenir; Caeiro est un homme de la nature, qui croit en l'unité des éléments; Reis, un hermite philosophe qui a fait ses études chez les Jésuïtes, oscillant entre stoïcisme et épicurisme. Les deux premiers, quoique vivant dans des temps différents (le premier dans le présent atemporel des enfants et de la nature, le second dans l'instant, dandy, dont les amis sont les prostituées, les clochards), cultivent le vers libre; tous deux malmènent la langue portugaise et pratiquent le prosaïsme.
Si Pessoa et Reis utilisent des mètres et des formes fixes, ils appartiennent à différentes traditions. Campos, auteur du Bureau de Tabac, " écrit de longs monologues, de plus en plus proches de l'instrospection" tandis que "Reis polit de petites odes sur le plaisir, la fuite du temps, les roses de Lydie, la liberté illusoire de l'homme, la vanité des dieux."
Mais, à leur tour, chacune de ces poétiques est marquée du sceau de la multiplicité, et de la contradiction. Chaque hétéronyme porte dans son oeuvre cette nécessité contrapunctistique, Caeiro est le "gardeur de troupeaux " n'ayant jamais gardé de troupeau " et voulant être " un agneau (ou tout le troupeau / pour s'en aller dispersé sur toute la colline/ et être bien des choses heureuses en même temps)"... Parmi les quelques textes publiés du temps du vivant de Fernando Pessoa, il se trouve Mensagem, fameux poème-recueil signé de Pessoa, qui a reçu un "prix de consolation " en 1934, un poème héraldico-épique sur l'histoire du Portugal, où il est question d'Ulysse, le fondateur mythique de Lisbonne (Ulyssiponne), et qui illustre bien la poétique à la fois disséminatrice et constructive du poète.
On pourrait multiplier les exemples à l'infini sans épuiser, dans les limites d'une présentation, la portée de la polyphonie pessoenne. Mais on pourrait caractériser la tonalité de cette polyphonie par la permanence d'une interrogation esssentielle. On peut dire d'ores et déjà que ce qui fait le lien entre ces oeuvres protéïques dont chacune a sa propre thématique, son rythme différenciel, sa forme spécifique, c'est donc la présence d'une voix qui n'est là que pour mieux faire entendre l'absence de celui qui la prononce, une voix plurielle, de celui qui se dit né pour être "l'interprète de son siècle", qui annonce l'avènement d'un Supra-Camoëns.
Du point de vue poétique, ce lien pourrait se figurer par l'oxymore. Le premier vers du poème Mensagem,"Le mythe est le rien qui est tout", est un oxymore, figure première de la contradiction et, chez Pessoa, le fondement de ce que nous avons reperé comme un double mouvement, déconstruction / construction, point et contrepoint, parallèlement à la création d'une oeuvre à la fois pleine et disséminatrice, où le centre éclaté est la condition d'apparition non pas d'un mais de multiples sujets, masques (personnae), de la figure du poète universel.
"Celui-ci qui débarqua ici. Fut, puisqu'il n'a jamais existé. / Sans avoir existé, il nous combla. / Puisqu'il n'arriva jamais, toujours il fut l'arrivant. / Et il nous créa." Le poète crée les mythes. Les mythes seuls permettent d'exister à travers la seule réalité, le langage écrit.
Jakobson fait remarquer que tout le poème est rigoureusement structuré sur cette contradiction. "Le poète proclame la nullité de l'existence phénomènale en faveur de l'être nouménal". Ulysse n'est pas nommé dans le poème, figure paternelle reprise par le "Il". C'est parce qu'il n'a pas existé qu'il nous a créés, devenant ainsi "tout".
Ainsi, les différentes poétiques de Pessoa correspondent à une multitude de lieux, à une diversité d' époques, elles proviennent du passé vers l'avenir ("ma patrie est la langue portugaise "), elles s'annulent en se complétant. La pluralité est là pour figurer l'impossibilité de dire une vérité provenant du Logos, la seule vérité étant que Pessoa "ne sait pas ce qu'est exister, ni lequel, Hamlet ou Shakespeare, est plus réel ou réel dans la vérité" (Préface projettée) . Ou encore, comme le dit Bernardo Soares :
" Créer à l'intérieur de moi un Etat avec une politique, avec des partis et des révolutions, et que tout cela, ce soit moi, que je sois Dieu dans le panthéïsme réel de ce peuple-moi" (fragment 27 du Livre de l'Inquiétude), affirmer l'anéantissement d'un sujet : " Vivre, c'est être un autre". Si "la vie est moitié de rien", si "le mythe est un rien qui est tout" pour Pessoa, pour Ricardo Reis: "Si je me souviens de qui je fus, je me vois autre / Et le passé est le présent dans le souvenir. / Qui je fus est quelqu'un que j'aime / Mais seulement en rêve. (...)
Rien, sinon l'instant, ne me connaît. / Mon propre souvenir n'est rien, et je sens / Que qui je suis et qui je fus / Sont des rêves différents."
Ailleurs, plus tard, le Pessoa du Cancioneiro dira: "Le poète est un simulateur. / Simulant si complètement / Qu'il en vient à simuler qu'est douleur / La douleur qu'il ressent vraiment."
Ainsi, si Octavio Paz voit en la "création" du "maître" Caeiro la nécessité pour Pessoa "d'inventer un poète innocent pour justifier sa propre poésie", on peut dire que Caeiro représente aussi ce moment heureux où l'homme ne se voit pas, mais vit et, comme la nature, est voué à mourir:
"Soyons simples et calmes / Comme les ruisseaux et les arbres/ Et Dieu nous aimera, nous rendant / Beaux comme les arbres et les ruisseaux, / Et il nous donnera la verdeur de son printemps / Et un fleuve où nous jeter lorsque viendra la fin!... "
Déjà Ricardo Reis: "Rien ne reste de rien. Nous ne sommes rien. / Un peu au soleil et à l'air nous différons / L'irrespirable ténèbre qui nous pèse / De l'humble terre imposée, / Cadavres ajournés qui procréent."
Et Campos, le technicien futuriste, celui dont Ophélie se méfie (à juste titre), le jugeant sans doute responsable de leur rupture ("Me vouliez-vous marié, futile, quotidien et imposable? " in Lisbon revisited ) celui qui est le plus hardi, le plus visionnaire, le plus simulateur de tous :
"Nous avons tous deux vies: / La vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, / Et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard; / La fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres, / Qui est la pratique, l'utile, / Celle où l'on finit par nous mettre au cercueil." (Dactylographie).
La contradiction est patente. La poésie, mais on pourrait dire l'écrit (si l'on songe aux nombreux textes théoriques, journaux, essais, préfaces, traductions, publicités) est l'espace infini de toutes les propositions, le lieu mythique de toutes les possibilités. La vie, en revanche, est "moitié de rien" . Ce sont de lui aussi les très beaux vers du Bureau de Tabac: "Mange des chocolats, petite, / Mange des chocolats! / (...) / Ah, pouvoir manger des chocolats avec la même vérité que toi! / Mais je pense, et quand je retire le papier d'argent, qui d'ailleurs est d'étain, / Je flanque tout par terre, comme j'y ai flanqué la vie".
A propos de Fernando Pessoa, on cite souvent l'affirmation de Paz selon laquelle " les poètes n'ont pas de biographie, leur oeuvre est leur biographie". Il est vrai que la critique est unanime pour présenter l'homme Pessoa comme étant très proche du personnage de Bernardo Soares, un "employé de commerce" timide et discret, dont la vie ne présente pas d'éclats ou de faits sensationnels, préoccupé uniquement à parfaire son oeuvre monumentale. Au point de soulever l'indignation d'Antonio Mega Ferreira, préfacier de l'oeuvre de Fernando Pessoa, O Comércio e a Publicidade (Ed. Cinevoz/Lusomédia, 1986) qui voit dans l'existence non- aventurière du poète un choix volontaire: "il est inacceptable qu'un grand poète ait vécu à 5%, comme le prétendait Eugenio Montale, voire en dessous de cette cote, comme l'a dit suggestivement Antonio Tabucchi".
Mais s'il est vrai que tout ce que nous connaissons de la vie de Pessoa, nous le connaissons à partir de quelques données répertoriées et par ses écrits, la critique a connu plus d'une surprise à la publication tardive, - le poète n'ayant laissé publié de son vivant qu'une partie minime de son oeuvre (27.535 manuscrits à décrouvrir après 1935) -, de certains de ses textes. Ainsi, Les Lettres d'Amour, en 1978, le Livre de l'Inquiétude, en 1982, ou encore ses textes sur le Commerce et la Publicité (1985), domaines qu'il connaissait fort bien.
Et, sans que notre propos consiste à revenir aux vieilles tendances académiques dont le but serait d'établir une corrélation entre la vie et l'oeuvre d'un poète, la parole d'Octavio Paz nous paraissant valoir pour toute oeuvre poétique, on est tenté de faire deux remarques à propos de Pessoa. La première consiste dans la similitude entre l'enfance de Pessoa et celle d'un Baudelaire, par exemple, sur lequel la critique biographique n'est pas prête de se tarir.
En effet, Pessoa est né à Lisbonne un 13 juin 1888. Or, comme Baudelaire, il a perdu son père (critique musical) très tôt, à l'age de cinq ans. Contrairement à Baudelaire, il n'a pas été envoyé en pension, mais en revanche, il a dû suivre sa mère remariée, à Durban, en Afrique du Sud, où il a appris parfaitement l'anglais. Comme Baudelaire, l'enfant Pessoa était un garçon intelligent qui aimait lire, qui a eu quelques prix scolaires, et qui a été reçu aux examens mais, contrairement au premier, Pessoa à six ans a connu la perte de son unique frère, bien que parmi tous ses demi-frères et soeurs (cinq), il en ait perdu d'autres (ce qui l'aurait peut-être encouragé sur sa voie "dramatique"?) . Mais surtout, contrairement à Baudelaire, Pessoa n'a pas fait part de ses sentiments à quiconque, à ceci près qu'on peut lire dans son journal, en 1905: " Dans ma famille, personne ne comprend mon état mental - non, personne. Ils se moquent de moi, me raillent, ne me croient pas.. Ils ne font rien pour analyser le désir qui mène quelqu'un à vouloir être extraordinaire. Ils ne peuvent pas comprendre qu'entre être et désirer être extraordinaire il n' y a que la différence de conscience qui s'ajoute au fait de vouloir être soi-même extraordinaire".
C'est peut-être cette conscience précoce à la fois de ne pas pouvoir être entendu, contrairement à Baudelaire, qui s'adresse obstinément à sa mère jusqu'à la fin de sa vie, et d'être extraordinaire, ce qui était aussi le cas de Baudelaire, qui l'a poussé à agir dans un sens, celui de la constitution d'une oeuvre extraordinaire dans laquelle tout puisse être dit, y compris ses "états d'âme"... Il est très frappant de noter comment, de façon quasiment méticuleuse, bon gré mal gré, dans les moments les plus difficiles de son existence, des moments où il est gagné par un sentiment de solitude et d'ennui, mais conscient de sa singularité, Pessoa a bâti son "immortalité".
Si l'on analyse la chronologie établie par Gérard de Cortanze, on peut voir que très tôt, Pessoa manifeste le désir de publier. Dans des revues d'abord, ce qu'il va faire toute sa vie durant, ayant laissé très peu d'oeuvres publiées. On sait que sa première revue, O Palrador (en 1903, il a 15 ans) compte déjà sur la collaboration d'écrivains anglais et portugais tous inventés par lui. Ses premiers textes critiques apparaissent dans A Aguia (1912): La Nouvelle Poésie Portugaise sociologiquement considérée; Reincidindo ("Récidivant"), et provoquent de vives réactions du public. Ces articles seront suivis d'un troisième, La poésie portugaise sous son aspect psychologique. Par la suite, il collaborera à l'hebdomadaire Teatro, 1913, puis à Orpheu, dans laquelle il publie O Marinheiro et Alvaro de Campos, Opiario et Ode triunfal, un de ses poèmes magistraux, en 1915. Cette revue rassemble d'autres grands artistes, tels que le poète Mario de Sa-Carneiro, un de ses amis les plus proches et qui se suicidera à Paris en l916, le peintre et poète José de Almada Negreiros, Luis de Montalvor, Ronald de Carvalho. Cette publication suscite un nouveau scandale, en raison de son ton irrévérentieux. Pessoa, par ailleurs, ne craint ni la polémique ni la satire (son sens de l'humour est notoire), donne des entretiens originaux à des journaux et des revues dans lesquels, par exemple, il fait le parallèle entre les monarchistes et le syndicat des chauffeurs de Lisbonne.
La revue Exilio accueille, en 1916, le poème de Pessoa Hora absurda ainsi qu'un nouveau texte critique Mouvement sensationniste. En 1917, Alvaro de Campos participe au seul numéro de la revue futuriste Portugal futurista. En 1918, à compte d'auteur, il publie ses poèmes anglais Antinous et Trente-cinq sonnets, attirant l'attention de critiques anglais. Il est à noter que, outre des articles critiques ou programmatiques, Pessoa écrit des articles politiques et économiques.
Ainsi, ses articles Comment organiser le Portugal et L'opinion publique sont publiés en 1919, dans la revue Acçao, favorable à Sidonio Paes, représentant de la Droite au pouvoir, assassiné en 1918.
Des photos le montrent souvent seul, mais en réalité, si Pessoa n'est pas un homme expansif, il aime la discussion, le dialogue. Les cafés de Lisbonne qu'il fréquente assidûment sont le lieu de vives discussions avec les artistes de son époque. Il est difficile de ne pas voir dans le poète un homme profondément impliqué par son temps, par les réalités sociales, politiques et esthétiques du pays . Il publie également des articles en anglais (dans la revue The Athenauem), il collabore à la revue Ressureiçao et dans la revue Contemporanea, lancée en 1922, il fait apparaître, à côté de son poème Le Banquier Anarchiste, un article qui lui vaudra encore un scandale: Antonio Botto et l'idéal esthétique au Portugal et même si la priorité est accordée à des sujets d'intérêt général, il fait connaître au public également son travail poétique, quelquefois réalisé en langue étrangère. C'est le cas des Trois chansons mortes, poèmes français, publiés dans Contemporanea, où il publiera, en 1926 O Menino da sua mae et Rubayat..
Un autre aspect de la personnalité du poète est le fait de prendre fait et cause pour les idées qu'il pense devoir défendre. C'est sans doute pourquoi il a toujours été difficile pour la critique de défendre ses idées "pour l'esclavage" ou "pour la dictature". Le fait est qu'à les lire, on se voit devant la contradiction utilisée comme arme, Pessoa ne défend pas vraiment l'esclavage ou la dictature, il attaque les idées reçues, "C'est avec des mensonges qu'on mène le monde; quiconque veut l'éveiller ou le conduire doit lui mentir démesurément, et il y réussira d'autant mieux qu'il se mentira à lui-même et qu'il se persuadera de la vérité du mensonge qu'il a inventé". C'est ainsi qu'en 1929 il publie L'interrègne. Défense et jusfication de la Dictature militaire au Portugal, dont il dit ne pas s'agir d' un article pour la défense de la dictature existante.
Son désir de participer à la vie intellectuelle du pays allant au-delà de la collaboration dans les revues, il envisage plusieurs fois d'avoir sa propre maison d'édition. Cela se manifeste déjà en 1907 lorsque, deux ans après son retour définitif à Lisbonne, et grâce à un petit héritage reçu à la mort de sa grand-mère (la folle Dyonisia), il fonde l'imprimerie Ibis, Empresa Ibis- Tipografica e Editora, qui fait très rapidement faillite, sans pour autant que cela ne le décourage. Ainsi, en 192l, avec ses amis Augusto Ferreira Gomes et Geraldo Coelho de Jesus, il fonde la maison d'édition librairie Olisipo, dans laquelle il fera publier ses propres textes (English Poems I,II,III), mais aussi ceux de Almada Negreiro, Raul Leal (Sodoma Divinizada) et les Cançoes de Botto, suscitant à nouveau de vives réactions. En plus de l'Edition, Pessoa s'intéresse aux revues et c'est ainsi qu'en 1924, il fonde avec le peintre Ruy Vaz la revue Athena où il publie vingt Odes de Ricardo Reis. Les numéros suivants voient apparaître des essais de Alvaro de Campos, Qu'est-ce que la métaphysique, Notes pour une esthétique non-aristotélicienne, des poèmes et des traductions de Pessoa lui-même, des poèmes de Alberto Caeiro: Le Gardeur de troupeaux et Os Poemas Inconjuntos.
De par sa spécialité en "traduction commerciale", Pessoa domine assez bien les questions relatives au Commerce. En 1926 il fonde avec son beau-frère, le colonel Francisco Caetano Dias, le magazine Revista do Comércio e Contabilidade.
En 1927, lorsqu'une nouvelle revue - Presença - fait son apparition sur la scène littéraire portugaise, on peut y lire, sous la plume de José Régio, la consécration de Pessoa comme le "maître de la génération modernista". Il y collabore régulièrement, publie des poèmes orthonymes (Marinha ), ou hétéronymes, de Alvaro de Campos et de Ricardo Reis. En 1930, dans la même revue apparaît la première publication d'un fragment du Livre de l'Inquiétude, suivie de traductions, d'autres poèmes, dont le fameux: Autopsicografia ("Le poète est un simulateur... "), Iniciaçao, et peut-être de son plus beau poème, Tabacaria, "Bureau de Tabac".
Jusqu'à sa mort, en 1935, on verra apparaître des contributions dans d'autres revues et journaux, Fama (1932, Le cas mental portugais); Fradique (l934, L'homme de Porlock ); Diario de Lisboa (l935, Sociétés secrètes, en défense de la Maçonnerie); Sudoeste (dirigée par Almada Negreiros, 1935, des textes de Alvaro de Campos et de lui-même, (Conselho). C'est dans cette dernière année de sa vie qu'il publie également un poème sarcastique contre Salazar (Représentant de l'Etat Nouveau, inauguré en 1933).
Ainsi, si, comme le rappelle Antonio Mega Ferreira, on ne trouve pas dans la vie de Pessoa "fascination et aventure", sa "bibliographie " est le témoignage d'une grande aventure personnelle, au sens moderne du terme. Pessoa a renoncé à une vie tumultueuse sur le plan de l'expérience (ne fût-ce qu'amoureuse, ou même sur le plan des voyages) au nom d'une "loi supérieure"(cf. Lettre de rupture dirigée à Ophélia de Queiroz), d'une "mission" ("La supériorité ne se déguise pas en clown; elle est vêtue de renoncement et de silence... "(1914)), qu'il a accomplie de façon infatigable, avec un engagement total . En tant qu'"être supérieur", il ne s'est pas contenté de projeter son oeuvre dans la postérité (rappelons le désir de Baudelaire, comme de tant d'autres, de devenir un "poète classique"), mais il a occupé tous les domaines d'intérêt général et national. Son ambition était à la hauteur de son génie, il fallait bâtir les bases pour l'avénement du "Cinquième Empire" lusitanien tout en acceptant que "peut-être la gloire a-t-elle un goût de mort et d'inutilité, et le triomphe une odeur de pourriture" (Lettre à sa mère, 1914).
Copyright © Inês Oseki / La République des Lettres, vendredi 15 avril 1994
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Tuesday, May 05, 2009
VIAGEM NUNCA FEITA
Foi por um crepúsculo de vago outono que eu parti para essa viagem que nunca fiz.
O céu — impossivelmente me recordo — era dum resto roxo de ouro triste, e a linha agónica dos montes, lúcida, tinha uma auréola cujos tons de morte lhe penetravam, amaciadores, na astúcia do seu contorno. Da outra amurada do barco (estava mais frio e era mais noite sob esse lado do toldo) o oceano tremia-se até onde o horizonte leste se entristecia, e onde, pondo penumbras de noite na linha líquida e obscura do mar extremo, um hálito de treva pairava como uma névoa em dia de calor.
O mar, recordo-me, tinha tonalidades de sombra, de mistura com figuras ondeadas de vaga luz — e era tudo misterioso como uma ideia triste numa hora de alegria, profética não sei de quê.
Eu não parti de um porto conhecido. Nem hoje sei que porto era, porque ainda nunca lá estive. Também, igualmente, o propósito ritual da minha viagem era ir em demanda de portos inexistentes — portos que fossem apenas o entrar-para-portos; enseadas esquecidas de rios, estreitos entre cidades irrepreensivelmente irreais. Julgais, sem dúvida, ao ler-me, que as minhas palavras são absurdas. E que nunca viajastes como eu.
Eu parti? Eu não vos juraria que parti. Encontrei-me em outras partes, noutros portos, passei por cidades que não eram aquela, ainda que nem aquela nem essas fossem cidades algumas. Jurar-vos que fui eu que parti e não a paisagem, que fui eu que visitei outras terras e não elas que me visitaram — não vo-lo posso fazer. Eu que, não sabendo o que é a vida, nem sei se sou eu que vivo se é ela que me vive (tenha esse verbo «viver» o sentido que quiser ter), decerto não vos irei jurar qualquer coisa.
Viajei. Julgo inútil explicar-vos que não levei nem meses, nem dias, nem outra quantidade qualquer de qualquer medida de tempo a viajar. Viajei no tempo é certo, mas não do lado de cá do tempo, onde o contamos por horas, dias e meses; foi do outro lado do tempo que eu viajei, onde o tempo se não conta por medida. Decorre, mas sem que seja possível medi-lo. É como que mais rápido que o tempo que vimos viver-nos. Perguntais-me a vós, de certo, que sentido têm estas frases; nunca erreis assim. Despedi-vos do erro infantil de perguntar o sentido às coisas e às palavras. Nada tem um sentido.
Em que barco fiz essa viagem? No vapor. Qualquer. Rides. Eu também, e de vós talvez. Quem vos diz, e a mim, que não escrevo símbolos para os deuses compreenderem?
Não importa. Parti pelo crepúsculo. Tenho ainda no ouvido o ruído férreo de puxar a âncora a vapor. No soslaio da minha memória movem-se ainda lentamente, para enfim entrarem na sua posição de inércia, os braços do guindaste de bordo que havia horas haviam magoado a minha vista de contínuos caixotes e barris. Estes rompiam súbitos, presos de roda por uma corrente, de por cima da amurada onde esbarravam, arranhando, e depois, oscilando, se iam deixando empurrar, empurrar, até ficarem por cima do porão, para onde, súbitos, desciam (...), até, com um choque surdo e madeirento, chegarem esmagadoramente a um lugar oculto no porão. Depois soavam lá em baixo o desatarem-os: em seguida subia só a corrente chincalhante no ar, e recomeçava tudo, como que inutilmente.
Eu para que vos conto isto? Porque é absurdo estar-vos a contá-lo, visto que é das minhas viagens que disse que falaria.
Visitei Novas Europas e Constantinopolas outras acolheram a minha vinda veleira em Bósforos falsos. Vinda veleira espantais? É como vos digo, assim mesmo. O vapor em que parti chegou barco de vela ao porto [...] Que isto é impossível dizeis. Por isso me aconteceu.
Chegaram-nos, em outros vapores, notícias de guerras sonhadas em Índias impossíveis. E, ao ouvir falar dessas terras tínhamos importunamente saudades da nossa, deixada tão atrás quem sabe se naquele mundo.

